L’Institut National des Jeunes Aveugles



À cette école, j’ai donc fait mes classes de solfège, d’harmonie et de piano. Au bout de six ans, je suis rentré en classe d’orgue. Il y avait un risque. On tirait au hasard les noms de ceux qui iraient dans la classe de Marty et dans celle de Marchal. Heureusement, je suis tombé avec Marchal.

Au début, cela ne s’est pas très bien passé parce qu’à cette époque, j’avais des lacunes en technique de pédale. J’avais des difficultés à faire le mouvement demandé avec ma cheville gauche. On travaillait sur L’Art de la pédale de Marty, qui n’était ni plus ni moins qu’une transcription presque exacte de la méthode de Lemmens . Elle était très bonne pour la technique manuelle, mais ne valait rien pour le pédalier. Il fallait faire do, ré, mi, fa, sol, la du même pied, s’il vous plaît.

Et je me rappelle que Marchal était désespéré parce que même le mouvement do, ré, mi, ré, do, je n’arrivais pas à le faire. Ma cheville ne tournait pas, ou tournait mal. Peut-être une déformation anatomique. En tout cas, je n’ai plus jamais refait cela de ma vie. Finalement, j’ai un peu triché, et il ne s’en est pas aperçu. J’ai joué comme cela toutes les gammes de pédales qu’il fallait.

Il y avait un examen par trimestre. Au programme imposé, il y avait deux gammes à jouer avec des accords. On jouait do, ré, mi, fa, sol, la, si, do, si, do, si, la, sol, fa, mi, ré, do, dans cet ordre-là, et avec des accords jetés qui marquaient toutes les huit croches. Lentement d’abord, plus vite ensuite, gammes majeures, gammes mineures, mélodiques. Il y avait ensuite une toute petite phrase improvisée et une pièce que Marchal choisissait, bien sûr.
Pour mon premier examen, je me rappelle que c’était le choral « Notre Père » (manualiter) de J. S. Bach . Au deuxième examen, il y avait à peu près les mêmes choses, sauf qu’on jouait une pièce plus lourde et on improvisait une phrase un peu plus longue. J’ai joué le Prélude en sol de Bach.

La base de l’examen était axée sur la doctrine du Conservatoire, c’est-à-dire ce qu’on appelait le thème libre. Libre, c’est une façon de dire. C’était une liberté très contrôlée.

J’avais joué la Fugue en fa majeur , comme examen de fin de première année. Cela commençait à prendre un peu d’allure. L’année d’après, c’était intéressant parce que nous avons fait la connaissance de Dupré que Marchal avait invité pour juger des examens.

Il nous donnait un thème d’improvisation, bien fait d’ailleurs. Ensuite, on lisait une phrase de plain-chant, avec la main gauche sur le livre posé sur le banc, la main droite sur le clavier, et la pédale. Ce que j’ai toujours fait après d’ailleurs. C’est une pratique qui m’est restée.

Au premier examen, j’avais joué, je crois, une fausse fugue de Frescobaldi, une fugue qui est jolie d’ailleurs, et Dupré m’avait donné le maximum des points. Il était à gauche de la console. Il avait presque la tête dans nos jambes pour savoir comment on jouait de la pédale. Il fallait très bien lire.

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